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37ème marathon de Paris – 2013

Mercredi, avril 10th, 2013

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Le marathon de Paris, c’est un peu une course de cœur pour moi. C’était ma toute première compétition, en l’an 2000. Je compte là-dessus pour me donner le petit surcroît de motivation qui a manqué à cette préparation. Ces dernières semaines, j’ai retrouvé mes jambes « de marathon » (ou jambes  « automatiques » dans mon jargon perso) et des chronos décents. Je n’ai pas de vraie blessure, juste les quelques douleurs fantômes habituelles : orteil, sciatique, releveur… Pendant ces 3 derniers mois, j’ai fait beaucoup de qualité sur route (VMA, seuil, allure chaque semaine), du volume (entre 100 et 130km hebdomadaires) et je suis donc plutôt confiant. Les derniers réglages d’allure me font penser que 2h48’, ça devrait passer sans trop de problème. Descendre sous les 2h45′ une quatrième fois, ce sera plus difficile mais ça me semble encore jouable, à condition d’être dans un bon jour. Je sens malgré tout que cette fois, il me manque un peu l’envie et ça, je sais bien que ça peut faire la différence pour traverser les moments difficiles.

Arrivé à Paris vendredi, je me rends directement au marathon expo, temple du consumérisme le plus exalté. Retape pour des produits-miracle, des textiles-miracle, des godasses-miracle, des bagnoles-miracle… Mon dossard récupéré, je fonce sans m’arrêter vers les stands des autres courses. Quelques marathons connus ou non, puis les trails. Parmi eux, l’Infernal des Vosges. Je profite de la présence de S. Haraye, l’organisateur, pour faire le couaroye entre Vosgiens (pour les non-initiés aux subtilités du patois local, ça veut dire « tenir une conversation »). Il me parle entre autre d’un projet pour les futures éditions. Sans vouloir tout dévoiler, disons que le 160km que j’ai couru l’année dernière ressemblerait à une aimable balade à côté de ça… Mais chut, rien d’officiel encore. Le samedi, je n’ai pas très envie de retourner au milieu des marchands du temple alors je lis et je traîne dans le quartier autour de mon hôtel pour passer le temps.

Dimanche matin, il fait très frais, en sortant pour aller prendre le métro. Les conditions semblent bonnes pour courir. Niveau temps, j’ai pris de la marge et malgré l’immense détour désormais imposé pour déposer les bagages à la consigne, avenue Foch, je me retrouve près de mon sas vers 8h15. En attendant le départ, je fais quelques accélérations dans une rue perpendiculaire aux Champs Elysées. J’aperçois D. Chauvelier, en train de coacher les meneurs d’allure, et je finis par rentrer dans le sas. On a droit aux habituels cérémoniaux de l’échauffement ovin en musique « Allez, tout le monde saute ! Maintenant on lève les bras et on crie ! Quoi ? J’entends rien ! »… Mmm, j’adore… Je me console : au moins, la musique est décente (c’est Téléphone, Queen…). D’ailleurs, je remarque qu’autour de moi, en tout cas dans ce sas, les gens ne suivent guère les aboiements du DJ. Je me sens moins seul, et je me sens en forme. Le soleil brille, la journée s’annonce belle.

Le départ a lieu à 8h45 pour nous. Je franchis la ligne moins de 10’’ après le coup de pistolet, ce qui est un exploit quand on est plus de 40000 coureurs. Quand même, au début, ça piétine un peu et je passe la première borne au bout de 4’07’’, plus lent que l’allure-objectif. Pas de souci, la course est longue. Rapidement et sans forcer, je rattrape les secondes perdues pour passer au 5ème kilomètre en 19’47’’. Je me sens serein et je profite du paysage, mais j’ai compris rapidement que les 3’55’’/km, ça ne passera pas. Exit les 2h45’ donc mais aujourd’hui, 2h47’, ça me convient. 10ème en 39’42’’. La densité reste élevée mais je cours sans être vraiment gêné. Je passe la pancarte 15km en 59’30’’, toujours à l’aise et bien luné. Je bois à chaque ravitaillement de l’eau, un peu trop froide. L’estomac est en bon ordre mais je n’ai pas envie de m’alimenter et je dois me forcer à prendre un gel au bout d’une heure. Entre-temps, j’ai aperçu Yann, qui m’a hélé dans le Bois de Vincennes puis plus loin sur le parcours. Ça fait du bien. Dommage qu’il ne soit pas avec nous, de l’autre côté de la barrière.

La suite se déroule bien. Je rejoins les 20km en 1h19’05’’, puis le semi en 1h23’33’’. Je confirme donc que j’ai fait une croix sur les 2h45’ mais les moins de 2h48’ restent accessibles, sauf coup de bambou imprévu. J’ai été doublé par plusieurs pelotons composés de gars qui paraissent déterminés. Je ne sais pas comment ces types ont géré car jusque maintenant, je suis très constant en allure. Je me dis qu’ils ont dû partir moins bien placés mais qu’ils sont plus rapides, c’est tout… Pas de quoi m’inquiéter mais quand même, je commence à la trouver longue, cette traversée est-ouest de Paris. Parfois, la densité de coureurs et le public me semblent un peu étouffants. Je continue ma marche mais je vois que régulièrement, j’ai besoin de remettre la gomme pour me maintenir sous 4’/km. Au 30ème, malgré l’usure progressive, ça marche encore et je suis en 1h59’25’’. Toujours un petit peu au-dessus de 15 km/h de moyenne donc, mais je n’ai vraiment pas beaucoup de marge. De plus, je n’ai toujours pas envie de m’alimenter. J’ai même un vague point de côté qui rôde. Je me force à prendre un deuxième gel en me disant qu’1h depuis le dernier, c’est déja trop long (d’habitude, je fais 40’-45’/gel). Je ne ressens pas de manque de sucre, mais j’ai l’impression que je manque de pêche. L’avantage (ou l’inconvénient) de la course sur route, c’est que le chrono répond vite aux interrogations de ce type : 35ème en 2h19’52’’. Je suis bien en train de faiblir, donc. Juste avant cette borne, j’ai pris un dernier gel (soit à peine 20’ après le précédent) pour compenser le fait de n’en avoir pris que deux depuis le départ. Je n’ai toujours pas la sensation d’être en hypoglycémie mais je suis contrarié par ma gestion de l’alimentation. Il aura fallu que j’attende mon 15ème marathon pour faire des erreurs là-dessus…

C’est donc confirmé : je suis maintenant à plus de 4’00’’/km (moins de 15km/h) et je n’arrive pas à relancer durablement… Le bon côté des choses, c’est qu’autour de moi, c’est une véritable hécatombe. Je ramasse des tas de petits gars, notamment ceux qui m’avaient repris en pelotons compacts après le semi, probablement grisés par l’euphorie de la mi-course. Maintenant je fais le malin, mais à ce moment-là, je lutte pour ne pas dégrader davantage mon allure. Une demoiselle à vélo accompagne son copain et en profite pour m’encourager aussi « Allez Rémi (nos prénoms sont inscrits sur les dossards), tu vas le rattraper, vas-y, ne lâche pas ! ». « le » en question, c’est son compagnon. Je rigole sous cape en pensant qu’il y a vraiment des petits gars de bonne composition… Ou encore, au 40ème  (cette fois à son copain) : « Allez chéri, plus qu’un kilomètre !». D’accord, on est un peu entamés mais 42-40, ça reste une soustraction à notre portée… En tout cas, pour moi, le 40ème passe en 2h40’35’’. Je viens de dépasser un collègue d’Aix-Athle et je terminerai en doublant un gars de la SCO Marseille (que j’avais dans le viseur depuis un moment). Je dois quand même m’arracher pour passer sous les 2h50’. Ca donnera 2h49’43’’ au final, classé 353ème sur 38690 arrivants (40108 partants).

Je récupère la médaille, une bouteille d’eau (« pas deux, hein, c’est *une* par personne ! », répète un bénévole) et mon gros sac. Je me change sans pudeur excessive au milieu de l’avenue Foch (comme beaucoup d’autres). Le maillot de finisher n’est même pas digne de ceux qu’on récupère sur les courses de village, le dimanche matin. La microscopique serviette qui faisait office de cadeau d’inscription me permet de faire un brin de toilette. Assez rapidement, Denis arrive et m’invite à prendre une douche à son hôtel. Lui aussi est un peu déçu de sa course (2h58’). Après avoir discuté avec Jérôme, son co-équipier du CCCP et retrouvé Isa, on se dirige vers l’hôtel, puis vers la brasserie où on a prévu de manger une choucroute. Mais en tant que Lorrain, je me méfie toujours un peu de ce qui vient d’Alsace… Je ne suis pas tellement amateur de ce plat en temps normal mais en plus, juste après le marathon, mon estomac n’est vraiment pas très enthousiaste… J’opte donc pour une soupe de poisson, autre grande spécialité parisienne… On sera bientôt rejoint par Jean-Luc, puis par Philippe pour un moment de convivialité bienvenu avant d’aller prendre nos trains respectifs et rejoindre nos pénates.

En résumé, le marathon de Paris reste une course mythique. Dommage que cette épreuve, comme tant d’autres de ce type, soit devenue l’illustration du running-business dans sa forme la plus vile. Il reste le parcours, intemporel lui, et la magie du marathon, intemporelle elle aussi. Mais peut-être que le temps est arrivé d’accepter que je ne progresserai plus et de passer vraiment à autre chose, au moins pour un moment. Le temps de tourner la page.